Le mot du coordinateur











Le mot d'Eric LAMARQUE, Coordinateur du Baromètre FNEGE
Notre Recherche est-elle adaptée au besoin des entreprises ?

Poser cette question suscite déjà un débat au sein de la communauté des enseignants-chercheurs en Sciences de Gestion. Certains d’entre nous considèrent que poser la question est même hors de propos, considérant que la production de connaissances ne doit pas forcément avoir un côté utilitariste immédiat. D’autres considèrent qu’être trop proche de l’entreprise pourrait nous faire perdre notre indépendance quant à la définition de nos programmes de recherche si ce n’est dans la formulation de certaines conclusions. Mais nous sommes aussi nombreux à considérer que notre utilité sociale réside principalement dans notre capacité à fournir des connaissances qui permettront aux entreprises et aux organisations d’améliorer leur fonctionnement. Leur absence à nos manifestations scientifiques, les discours sur la recherche en Gestion lorsqu’un professionnel de haut niveau est invité à une table ronde avec des scientifiques, montrent à l’évidence que les entreprises n’accordent pas un grand intérêt à ce que nous pouvons dire. Certains de nos collègues, peu nombreux, prennent l’initiative de confronter leurs travaux et leurs résultats dans un contexte professionnel. Mais cela ne suffit pas à gagner en visibilité et les collègues en question sont souvent perçus comme «atypiques».


Pourtant sur cette question de la pertinence et de l’utilité de nos travaux de recherche par rapport à notre milieu socio-économique naturel, des changements profonds sont en marche. Les grands organismes d’accréditation internationaux type AACSB ont fait évoluer leurs critères d’évaluation de la recherche vers cette dimension. L’Agence d’Evaluation de la Recherche Scientifique (AERES) a intégré dans un de ses six critères celui de «l’impact socio-économique». Les rapports se multiplient à l’étranger sur l’impact que devraient avoir les business schools sur l’innovation, la compétitivité ou la croissance. Les chaires financées par les entreprises se sont multipliées ces cinq dernières années malgré le contexte économique que l’on sait. Sans prôner un retournement intégral vers une recherche à utilité immédiate, en gardant notre indépendance d’analyse et de jugement, la question de la finalité de nos recherches est clairement à considérer.

La première étape est alors de dresser un état des lieux précis de la situation car, même si les impacts managériaux ne sont pas toujours très bien décrits ou envisagés, on constate que de nombreux travaux produisent des résultats très pertinents sur de nombreuses problématiques d’entreprise. Inversement, une meilleure connaissance des préoccupations actuelles des entreprises en matière de gestion et de management pourrait permettre d’orienter les travaux de recherche vers des thématiques porteuses.

C’est l’objet du Baromètre de la FNEGE que d’avancer dans ces deux directions. Fidèle à son idée qu’un rapprochement entre entreprise et recherche en gestion est nécessaire, ce baromètre a pour vocation d’être un outil d’analyse et d’évaluation des principales préoccupations managériales. Celles-ci, une fois analysées, seront publiées à destination des centres de recherches et des enseignants-chercheurs. Mais, en même temps, nous évaluerons en quoi les travaux existants s’inscrivent d’ores et déjà dans les thématiques identifiées afin d’y sensibiliser les entreprises. Cette initiative d’analyse, mais aussi d’animation, des relations entre milieux professionnels et enseignants-chercheurs doit déboucher sur un dispositif pérenne, favorisant des échanges riches et donnant envie aux premiers de participer et de soutenir nos travaux.