Appels à communication

Quels rapports constants entre la concurrence et la coopération ?

Date limite de soumission : 14/03/2024

Journée de Recherche Interdisciplinaire de l’I.P&M, Lundi 13 Mai 2024 (en visioconférence)

Quels rapports constants entre la concurrence et la coopération ?

Démystifier certains savoirs et mettre en perspective de nouveaux courants de pensée du management !

Le rapport entre la concurrence et la coopération soulève des ambiguïtés et des zones d’ombre. Sur le papier, leur(s) définition(s) respective(s) et les contenus de leurs conceptualisations les opposent. Cette journée de recherche a pour objet d’apporter un éclairage transdisciplinaire sur ces ambiguïtés, nourri par les apports de la psychanalyse.

Quels jeux, de projection ou à tout le moins de représentation, la conceptualisation et les rapports entre ces deux concepts de « concurrence » et de « coopération » pourrions-nous discerner dans notre manière d’appréhender le « vivant », notamment à travers la commune opposition entre « nature » et « culture » (P. Descola, 2005) ?

De quelles manières cette perception du vivant, de la nature et de la culture, de leurs rapports, influe-t-elle sur la perception, sur la compréhension et sur la construction des relations humaines ? Que dit-elle de la « nature humaine » au champ des possibles ; et sur la transformation au titre du « faire société » dans la diversité la plus étendue ?

L’interrogation des cadres dans leurs rapports constants permettrait-t-elle de concevoir les sauts épistémologiques et praxéologiques requis pour accompagner les transformations et les mutations souhaitées dans les pratiques du management au sein des organisations, comprenant de rechercher une équilibration adéquat dans le rapport incompatibilité/comptabilité entre l’économique et le social ? L’approche socio-économique (Savall, 1978, Savall et Zardet (1995, 2004, 2021) propose une perspective à dessein pour le management des organisations. Cette interrogation est d’autant plus importante que le management concerne des champs d’activités très étendus qui dépassent largement le seul cadre des organisations économiques. Le management s’étend en effet à  tous les champs d’activités et à toutes les formes d’organisation des activités humaines en société, quand bien même il ne soit pas nommé.

En management, en sciences de gestion, et plus largement en économie, la problématique des rapports entre la concurrence et la coopération est de tous les points de vue donnée par les conflits-coopérations (Perroux, 1994), qui ne saurait s’établir sur le seul donné économique. Le débat est ancien, précurseur des transformations dans ce même rapport entre l’économique et le social dès le XVIIème siècle.

Une approche transdisciplinaire apparaît opportune pour construire les transformations requises. Quels éclairages et quels apports la psychanalyse (Freud, 1908, 1927, 1930, 1939 ; Lacan, 1966 ; Zaltzman, 2003, 2005, 2007) propose-t-elle comme contributions permettant d’éclairer les rapports entre « nature » et « culture », sous la condition que la psychanalyse ne soit pas un accessoire du management, ni une méthode de son instrumentalisation, et que donc le traitement du sujet se positionne clairement dans l’articulation « Psychanalyse & Management » dès lors, que nous dit-on ses éclairages sont largement sollicités pour ouvrir voies et perspectives (Keller et Landman, 2019), quoique les apports de la psychanalyse soient sujets à quelques controverses (Nominé, 2016) ?

La concurrence caractérise une démarche entre compétiteurs qui poursuivent un même but ; cependant leur investissement consiste le plus souvent à se différencier sur les divers vecteurs de la gouvernance et du management des activités, assignant à l’humain de coopérer nonobstant toutes rivalités. Pourtant, à dessein les travaux de Di-Magio et Powel (1983), ont noté de profondes homogénéisations.

Parmi les définitions de la concurrence, observons la définition suivante : « Fait d’être ensemble, d’agir de concert, conjointement, à égalité dans la poursuite d’un même but » – ou encore « le fait d’être à égalité pour exercer certains droits » (cf. cadre du droit de la concurrence) (Srce : Cnrtl). On retrouve d’ailleurs souvent cette notion du rapport à une égalité dans les différentes définitions, mais de fait relativement à une opposition ou à une lutte. Le rapport à l’égalité a été le vertex de la division économique des courants de pensée dès le XVIIème siècle. La consommation résout-elle le dilemme en établissant des ordres de préférences contradictoires voire opposés sur le marché, en déplaçant les tensions dans différents registres en générant des emprises (désir, refoulement, négation, oubli…) à explorer (M. Clouscard, 1981, D-R Dufour, 2007 et 2014…) ? Le consommateur a-t-il son mot à dire en fait s’il n’est plus réduit qu’à des choix tactiques !? Les mouvements du développement des coopératives de consommateurs semblent avoir fait long feu…

La coopération caractériserait « une démarche au cours de laquelle les acteurs contribuent à une œuvre ou à une action commune » (Cnrtl). Le plus souvent, il est fait état d’un intérêt commun qui ne peut être obtenu dans la division des rapports de forces. Il faut coopérer. Les concepts d’intérêt, d’utilité… mériteraient d’être mieux explorés (M. Mauss, 1923, A. Hirschman, 1977, J. Elster, 2009…). Depuis le XVIIème siècle, les courants de pensées du rapport entre l’économique et le social ont questionné l’utilité, l’intérêt, la rationalité, le pragmatisme… qui ont déterminé les configurations et les dynamiques des structures et des transformations institutionnelles, particulièrement dans le champ de la moindre aliénation des régimes capitalistes au nom de la liberté ? Où en est-on de la liberté ?

La coopération implique un remaniement consensuel du fonctionnement et du management des organisations (C. Dejours, 2014). La concurrence saperait les ressorts subjectifs et les ressorts de la sublimation en s’y opposant (Ibid.). Il n’est pas certain que la concurrence soit si miraculeuse ainsi que la doxa le prêche… si elle ne relève que de la rivalité humaine. La coopération peut elle-même contribuer à déstabiliser des situations en vue d’engager les changements et les transformations. Au sein d’un groupe, la catharsis, le choc culturel… imposent une coopération des membres du groupe, ne serait-ce que par le jeu des mécanismes transférentiels dont il faudrait bien tenir compte…

L’éthologie viendrait soutenir les apports de la psychanalyse dès lors que de nouvelles cohérences sont requises pour la transformation des rapports entre nature et culture. L’éthologie visait d’abord une éducation (Aristote). L’éthologie s’est largement positionnée dans les sciences du comportement toutefois.  Raison de plus pour requestionner ce rapport. Des travaux récents apportent des éclairages féconds sur ce que pourrait être une société humaine fondée sur des dynamiques ontologiques de coopération : P. Dardot et C. Laval (2014), R. Sennett (2014), T. Lamarche (2014), H. Rosa (2018)…

Les motivations ne seraient-elles inéluctablement qu’économiques, utilitaires, réduites au champ des possibles de la profitabilité pour certains, mais pas pour tous, puisque la question de l’égalité reste posée dans le monde à l’échelle planétaire ? Et pour les motivations non économiques, de quels conditionnements seraient-elles la conséquence ? Et le rapport social ne serait-il que celui de la contingence et de la contrainte ? Les économistes étudient ce sujet depuis des lustres. Et les gestionnaires, qu’ont-ils à en dire puisqu’ils sont aux manettes ?

Il n’est pas si évident de coopérer et la concurrence comme la coopération apparaissent comme une épreuve. Le mot de « coopération » est assez récent. Il est apparu dans l’œuvre d’un industriel et économiste anglo-saxon, Robert Owen (1771-1858). Il désignait une méthode de gestion de l’entreprise fondée sur la répartition du profit selon la participation de chacun. Sa motivation était la lutte contre la misère. Les travaux de R. Owen ont inspiré les Poor Laws et Factory Acts (Lois britanniques sur les conditions de travail). Depuis, la notion de coopération s’est largement étendue au domaine de la stratégie. La coopération a donc été à l’origine des grandes évolutions sociales et économiques. En posant les bases de la coopération, R. Owen a également introduit le mouvement de l’innovation qui impose une coopération dans l’état de concurrence. G. Simmel (1908) avait souligné la dimension contradictoire de la concurrence, au regard de ses deux faces, une face destructrice et une face socialisatrice, deux conditions de modulation des énergies… qui fait apparaître le champ comme l’instance de médiation (P. Bourdieu, 1997). Finalement, les marchés apparaissent comme des structures sociales organisées par la coopération des routines relationnelles (E. Lazega, 2009).

La conflictualité est le ressort commun de la coopération et de la concurrence. D’autres perspectives hors tensions entre coopération et concurrence seraient-elles alors possibles ? Fondées par exemple sur la conscience du vivant et de l’interdépendance de toute forme de vie (S. Kumar, 2002), comme dans les approches de l’ahiṃsā. Le conflit a priori comme élément premier de toute relation humaine pourrait être alors perçu comme le fruit d’une inconscience et/ou d’un conditionnement social que nous aurions intégrés au point de le considérer comme notre « état de nature » (E. La Boétie, 1458). Outre la psychanalyse, la philosophie, l’anthropologie ou l’éthologie peuvent peut-être nous éclairer sur ce point.

La journée de recherche propose de revisiter les fondements de la coopération et de la concurrence à l’aune des apports de la psychanalyse et de travaux de recherche issus d’autres champs disciplinaires sur des terrains d’intention scientifique. Les recherches proposées contribueront à élucider cette part du resté caché à la connaissance concernant le rapport entre la concurrence et la coopération. Pour Freud, la concurrence est une modalité de défense (1895, 1900,1915, 1926) contribuant à construire des similarités comportementales. Elle croise les dimensions horizontales et verticales de la résistance, structurellement mise à mal par les processus anxiogènes. Relativement à la rivalité fraternelle, Freud (1913) évoque l’alliance, dénommée la horde. La coopération se construit tout au long de la vie dans le processus de la séparation, de l’individuation de l’autonomisation du sujet et de la subjectivation. La concurrence rendrait-elle compte de l’immaturité des processus du sujet arrêtée sur l’ambivalence des sentiments fraternels ? Économie gestion, management… n’ont-ils pas en commun d’organiser l’exil de la subjectivité du sujet et la sophistication de l’intersubjectivité ? Question de culture dès lors que la subjectivation et l’altérité du sujet sont exigées pour la coopération !

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Journée de Recherche Interdisciplinaire de l’I.P&M, Lundi 13 Mai 2024 (en visioconférence)

Agenda des soumissions

Soumission de l’intention de communication                                        Jeudi 01 Février 2024

Soumission de la V1                                                                                     Jeudi 14 Mars 2024

Retour des évaluations V1                                                                          Jeudi 04 Avril 2024

Soumission de la V2 selon engagement pris avec les auteurs             Lundi 29 Avril 2024

Comité d’organisation Contacts Institutions
Mathias NAUDIN mathias.naudin@orange.fr Université Paris Cité
Daniel BONNET bonnet.daniel@outlook.com I.P&M
Annick SCHOTT annickschott@free.fr Université Bordeaux-Montaigne

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